Nofollow : au-delà de la simple balise rel

Sur le papier, un lien nofollow est un lien dont la balise porte l'attribut rel="nofollow". Le navigateur l'affiche comme n'importe quel autre lien, l'internaute clique dessus normalement, mais le code dit aux moteurs de recherche de ne pas associer pleinement la page source à la page de destination. Voilà pour la définition que tout éditeur connaît. En pratique, ce que cet attribut signale a changé plusieurs fois depuis sa création, et c'est cette histoire qu'un consultant doit avoir en tête avant de l'utiliser.

Google a introduit le nofollow en 2005, via un billet co-signé avec les autres moteurs de l'époque, pour une raison très concrète : tuer la valeur SEO des liens déposés en masse dans les commentaires de blog (Google Webmaster Central, 2005). L'idée était simple : si un lien ne pouvait plus transmettre d'autorité, le spam de commentaires perdait son intérêt. Pendant quinze ans, l'attribut a donc été lu comme une consigne ferme : ce lien ne compte pas, ni pour le crawl, ni pour le classement.

Cette lecture binaire est morte en 2020. Aujourd'hui le nofollow n'est pas un mur, c'est une annotation. Il décrit la nature d'un lien sans interdire à Google d'en tirer ses propres conclusions. Comprendre cette nuance, c'est la différence entre un éditeur qui colle du nofollow par réflexe et un consultant qui sait quand le signal travaille pour lui.

Comment Google traite réellement le nofollow en 2026

Le tournant date du 10 septembre 2019. Google a annoncé que le nofollow deviendrait un « indice » (hint) plutôt qu'une directive : à partir du 1er mars 2020 pour le crawl et l'indexation, le moteur se réserve le droit de suivre un lien nofollow et de l'utiliser comme signal de classement s'il le juge pertinent (Google Search Central, « Evolving nofollow », 2019). Autrement dit, l'attribut ne garantit plus rien. Il informe.

Pourquoi ce changement ? Parce qu'en traitant le nofollow comme un aveugle, Google se privait d'information. Un ensemble de liens depuis Wikipédia vers ses sources, tous en nofollow, reste un signal éditorial fort. En se donnant la liberté de les lire, l'algorithme récupère un contexte qu'il s'interdisait jusque-là. Sur le terrain, cela veut dire qu'un backlink nofollow depuis un grand média peut très bien participer à la perception qu'a Google de votre entité, même s'il ne transmet pas de PageRank au sens classique.

Faut-il en conclure que le nofollow ne bloque plus rien ? Non. Dans l'immense majorité des cas, Google respecte l'indice et ne passe pas l'autorité. Mais le mot « indice » a un poids opérationnel : on ne peut plus affirmer qu'un lien nofollow est strictement neutre. D'après ce qu'on observe en audit, les profils de liens 100 % dofollow paraissent d'ailleurs plus suspects qu'un mélange réaliste incluant des nofollow, parce qu'un site qui n'est cité que par des liens « qui comptent » ne ressemble pas à un site cité naturellement.

Où le nofollow compte dans une opération de netlinking

La première erreur d'un acheteur de liens débutant, c'est de refuser tout nofollow par principe. C'est passer à côté de sa fonction réelle dans un profil : la crédibilité. Un site dont la totalité des backlinks sont en dofollow exact-match envoie un signal d'artificialité que n'importe quel outil de détection repère. Le naturel, c'est un mélange : citations presse en nofollow, mentions de forums en ugc, liens éditoriaux en dofollow. Quand on construit un profil sur la durée, doser cette répartition fait partie du travail, au même titre que le rythme d'acquisition des liens.

Cela dit, soyons clairs sur la hiérarchie de valeur. Pour faire monter une page sur une requête concurrentielle, ce sont les liens dofollow contextuels qui font le travail de fond. Le nofollow soutient la crédibilité du profil et peut amener du trafic de référence, il ne porte pas le classement. Quand on choisit un média pour y placer un lien, l'attribut transmis par défaut fait partie des critères, au même titre que la thématique et le trafic réel de la page.

Chez Stringer, les liens placés dans nos articles éditoriaux sont en dofollow par défaut, parce que c'est un réseau opéré en propre et que la transparence sur ce point fait partie du contrat. Mais un profil de backlinks sain n'est jamais composé que de ce type de liens : il se nourrit aussi des citations spontanées, souvent en nofollow, que génère un contenu réellement cité. Un article sponsorisé balisé honnêtement doit d'ailleurs porter rel="sponsored", pas un dofollow déguisé qui finira par se voir.

Nofollow vs dofollow : ce qui change vraiment pour le SEO

Le dofollow n'est pas un attribut : c'est l'état par défaut d'un lien. Il n'existe pas de rel="dofollow" officiel, un lien suit dès qu'aucun nofollow ne l'en empêche. La distinction entre un lien qui transmet de l'autorité et un lien nofollow tient donc à une absence, pas à une présence. C'est une confusion fréquente : beaucoup d'éditeurs cherchent comment « mettre un lien en dofollow » alors qu'il n'y a rien à ajouter.

Cette vidéo pose clairement l'opposition pour qui veut une mise au point rapide.

Côté impact, la règle de 2026 tient en une phrase : le dofollow transmet du PageRank et participe directement au classement, le nofollow transmet un signal contextuel et du trafic potentiel, sans garantie d'effet sur le ranking. Ce que la vidéo ne dit pas, c'est que la frontière s'est brouillée : depuis que le nofollow est un indice, on ne peut plus jurer qu'un lien nofollow est à zéro valeur SEO. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'on ne construit pas une stratégie sur des liens nofollow.

Le réflexe sain consiste à juger un lien d'abord sur sa source et son contexte, ensuite sur son attribut. Un nofollow depuis une page d'autorité réellement lue vaut mieux qu'un dofollow depuis une ferme de liens que Google ignore déjà. L'attribut est le dernier critère de la liste, pas le premier.

En même temps que la bascule vers l'indice, Google a introduit en 2019 deux valeurs de l'attribut rel pour préciser la nature d'un lien : rel="sponsored" pour les liens payants ou issus d'un partenariat commercial, et rel="ugc" pour les liens générés par les utilisateurs (commentaires, forums). Le vieux rel="nofollow" reste valide et sert de fourre-tout, mais Google recommande désormais d'utiliser la valeur la plus précise possible (Google Search Central, 2019).

Concrètement, un lien commercial doit porter sponsored, pas nofollow. Un lien dans un commentaire ou un profil de forum doit porter ugc. On peut combiner les valeurs, par exemple rel="sponsored noopener". Ce niveau de détail n'est pas cosmétique : il dit à Google que vous gérez vos liens sortants de façon propre, ce qui réduit le risque qu'un lien payant mal balisé soit lu comme une tentative de manipulation. Pour un éditeur qui monétise, c'est une hygiène de base, et elle se joue souvent dans la qualité du lien posé en plein cœur d'un contenu plutôt que dans le pied de page.

Pour un acheteur de liens, l'enseignement est symétrique. Si vous achetez un lien et qu'il vous revient en rel="sponsored", c'est honnête de la part de l'éditeur, mais sachez que ce lien ne portera pas de classement. La transparence sur l'attribut transmis devrait faire partie de toute négociation : un vendeur qui promet du dofollow sur un emplacement manifestement publicitaire vous expose, lui comme vous.

Erreurs fréquentes et vérification sur le terrain

L'erreur la plus coûteuse n'est pas technique, elle est stratégique : passer en nofollow tous ses liens internes « pour garder le jus ». Le PageRank sculpting par nofollow ne fonctionne plus depuis 2009, quand Google a changé sa façon de répartir le flux : un nofollow sur un lien interne fait disparaître la part de PageRank qui aurait dû passer, au lieu de la rediriger ailleurs. Mettre du nofollow sur ses propres liens internes, c'est se tirer une balle dans le pied.

L'autre erreur courante touche le balisage des liens commerciaux : beaucoup de sites laissent en dofollow des liens affiliés ou sponsorisés par négligence, ce qui constitue exactement le type de lien que les Google Spam Updates ciblent. Cette vidéo montre la manipulation concrète sous WordPress, où l'éditeur de blocs permet d'ajouter l'attribut sans toucher au code.

Pour calibrer une campagne sur plusieurs mois, vérifier l'attribut réellement transmis page par page fait partie du contrôle qualité. Côté vérification, trois méthodes. La plus fiable reste l'inspection du code source : un clic droit, « afficher le code source », une recherche du lien, et on lit le rel en clair. Les extensions de navigateur qui surlignent les liens nofollow donnent une lecture visuelle immédiate sur une page. Pour un audit à l'échelle, un crawler comme Screaming Frog ou les explorateurs de liens d'Ahrefs et Semrush listent l'attribut de chaque backlink, ce qui permet de mesurer la répartition dofollow / nofollow d'un profil entier.

C'est cette vue agrégée, pas le statut d'un lien isolé, qui intéresse le consultant. Un profil dont la part de nofollow s'effondre à zéro après une campagne d'achat raconte une histoire : celle d'un site qui n'acquiert plus que des liens « utiles », ce qui n'arrive jamais à un site cité spontanément. Surveiller ce ratio dans le temps en dit plus long sur la santé d'un netlinking que le décompte brut de backlinks.